Saint-Louis vit à trois frontières : Bâle, l’EuroAirport et le tram

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Peu de villes françaises de cette taille vivent aussi directement de leur position frontalière que Saint-Louis. À quelques minutes de Bâle et à portée de l’Allemagne, la commune organise une bonne partie de son quotidien autour de ce triangle plutôt qu’autour de Mulhouse ou de Colmar.

Sur une carte, Saint-Louis ressemble à une ville française ordinaire du Haut-Rhin. Dans les faits, ses habitants raisonnent en trois monnaies, trois systèmes de santé et deux langues courantes, ce qui donne à la commune un fonctionnement bien différent du reste du département.

Un aéroport partagé entre deux pays

L’EuroAirport Bâle-Mulhouse-Fribourg constitue le signe le plus visible de cette situation trinationale : construit sur le sol français mais géré selon un statut binational associant la France et la Suisse, il dessert directement les trois régions frontalières et emploie une partie de la population locale, côté pistes comme côté services. Sa position, à cheval sur la frontière, en fait un cas presque unique en Europe.

Cette organisation particulière se retrouve dans la vie quotidienne de Saint-Louis : douane, secteurs suisse et français de l’aéroport, doubles procédures selon la destination du vol. Beaucoup d’habitants de la commune travaillent d’ailleurs sur la plateforme elle-même, sans avoir besoin de franchir la frontière pour s’y rendre.

L’aéroport a aussi façonné le paysage économique autour de Saint-Louis : logistique, maintenance aéronautique et services aux voyageurs représentent un bassin d’emplois que peu de communes de taille comparable peuvent proposer localement, sans dépendre entièrement de Mulhouse ou de Bâle pour trouver du travail.

Le tram venu de Bâle

Depuis plusieurs années, la ligne 3 du tram bâlois prolonge son réseau jusque dans le centre de Saint-Louis, reliant directement la commune française au réseau urbain suisse. C’est un cas rare de tram transfrontalier en fonctionnement régulier, qui permet à des habitants du Haut-Rhin de rejoindre le centre de Bâle sans voiture ni changement.

Cette liaison a changé la façon dont les habitants pensent leurs déplacements du quotidien : faire ses courses, se rendre à un rendez-vous ou rejoindre un emploi côté suisse ne suppose plus de passer par la route. Le tram s’est imposé comme un repère aussi important que la gare pour organiser une journée à Saint-Louis.

Le prolongement de cette ligne a nécessité un accord entre collectivités françaises et suisses, chacune finançant sa portion du réseau, un montage qui reste assez rare pour un tram urbain traversant une frontière nationale en Europe de l’Ouest.

Travailler de l’autre côté de la frontière

L’emploi frontalier pèse lourd dans l’économie de Saint-Louis et de ses environs : de nombreux habitants du secteur travaillent en Suisse, où les salaires restent structurellement plus élevés qu’en France, ce qui a des conséquences directes sur le marché immobilier local et sur les prix pratiqués dans les commerces de proximité. Ce mouvement pendulaire, du domicile français vers l’emploi suisse, façonne une partie de l’urbanisme récent de la commune.

Cette dépendance à l’économie suisse rend Saint-Louis particulièrement sensible aux variations du taux de change entre l’euro et le franc suisse, un sujet suivi de près par les ménages frontaliers autant que par les commerçants. Le statut frontalier de la commune explique aussi pourquoi elle affiche une démographie et un profil économique très différents des autres villes du département.

La Fondation Fernet-Branca, une autre porte d’entrée

Moins connue que l’aéroport, la Fondation Fernet-Branca, installée dans une ancienne distillerie au bord du Rhin, propose des expositions d’art contemporain qui attirent un public venu aussi bien de Bâle que de Mulhouse. Elle illustre à sa manière cette porosité culturelle : le bâtiment lui-même, ancien site industriel lié à une marque d’apéritif italien, a traversé la frontière économique avant de devenir un lieu d’exposition.

Pour qui s’intéresse aux adresses de sortie autour de ce triangle frontalier, notre rubrique sortir, tourisme et restaurants détaille d’autres lieux à visiter dans le Sundgau tout proche, où la géographie compte tout autant que la frontière dans la façon de se déplacer.


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