Mulhouse ne se visite pas comme Colmar. Ici, pas de vitrine à colombages : la ville se lit dans ses anciennes usines, ses canaux et ses friches devenues campus. Une journée suffit à condition de ne pas chercher une carte postale mais une ville qui a continué de tourner après ses usines textiles, en gardant la trace de ce passé plutôt qu’en l’effaçant.
Ce que l’on visite à Mulhouse, ce sont d’abord des bâtiments qui ont eu une autre vie. Une halle de fonderie, un dépôt de locomotives, un ancien atelier d’impression sur tissu : la ville a choisi, presque systématiquement, de convertir plutôt que de démolir. C’est ce fil que l’on peut suivre en une seule journée, du matin jusqu’au marché du soir.
La Cité de l’Automobile, la collection Schlumpf sans le mythe
La Cité de l’Automobile conserve la collection Schlumpf, réunie dans le plus grand secret par deux industriels du textile avant la crise qui a emporté leurs usines. Plusieurs centaines de véhicules sont alignés sous une même halle, des Bugatti aux voitures de série qui ont équipé les familles alsaciennes. On y vient pour les modèles rares, on en ressort surtout avec une idée plus juste de ce que l’industrie mulhousienne a produit avant de fermer ses portes.
La visite se fait en deux heures si l’on ne s’arrête qu’aux salles thématiques, en une demi-journée si l’on suit les panneaux consacrés à l’histoire industrielle locale. C’est cette seconde lecture qui rend la Cité de l’Automobile utile pour comprendre Mulhouse : elle raconte une reconversion, pas seulement une collection.
La Fonderie, le campus qui a remplacé les hauts-fourneaux
À quelques rues de là, le site de la Fonderie a gardé son nom d’ancienne usine de construction mécanique pour devenir un campus universitaire et un lieu culturel. Les halles conservent leur charpente métallique, mais les ateliers ont cédé la place à des amphithéâtres et à des salles d’exposition. C’est l’un des exemples les plus lisibles de ce que la ville appelle sa reconversion : on ne rase pas l’usine, on la retourne.
Juste à côté, la Cité du Train complète le tableau industriel avec des locomotives et du matériel roulant qui ont, eux aussi, fait vivre des ateliers mulhousiens pendant plus d’un siècle. Les deux sites se visitent dans la même journée pour qui veut mesurer l’ampleur de ce passé mécanique.
Le musée de l’Impression sur Étoffes, la mémoire textile
Moins connu que la Cité de l’Automobile, le musée de l’Impression sur Étoffes occupe pourtant une place à part dans l’histoire de la ville : Mulhouse a longtemps vécu de l’indiennage, cette technique d’impression sur coton qui a fait la fortune de ses manufactures avant que le textile ne parte ailleurs. Les collections de tissus imprimés, certaines vieilles de plusieurs siècles, racontent une industrie disparue mieux qu’un long discours.
On peut ne consacrer qu’une heure à ce musée si le temps presse, ou l’ajouter en fin de matinée entre la Cité de l’Automobile et la Fonderie : les trois sites se trouvent à quelques minutes de tram les uns des autres, ce qui permet d’enchaîner sans perdre de temps sur les trajets.
Le marché du canal couvert, la vie qui continue
Le marché du canal couvert, installé au bord de l’eau, donne à voir un Mulhouse plus quotidien : maraîchers, poissonniers et commerces de bouche y tiennent boutique toute la semaine, loin des flux touristiques du centre historique. C’est le meilleur endroit pour comprendre que la ville ne s’est pas arrêtée avec ses usines : elle a simplement changé de rythme.
Le tram mulhousien, l’un des premiers réseaux modernes reconstruits en France au tournant des années deux mille, relie ce marché au centre-ville et aux anciens quartiers ouvriers en quelques minutes. Se déplacer à pied et en tram suffit largement pour une journée : le centre reste compact, contrairement à ce que sa réputation industrielle laisse parfois croire.
Ce que la ville industrielle est devenue
Mulhouse a longtemps vécu du textile, avant que les usines ne ferment les unes après les autres à partir des années 1970. Ce qui frappe aujourd’hui, c’est la densité de sites culturels installés dans ces anciens bâtiments industriels plutôt que démolis. Le passé industriel de Mulhouse, documenté sur son histoire textile et mécanique, éclaire directement ce que l’on voit dans ses musées.
Cette reconversion s’est aussi jouée dans l’emploi local : les mêmes bâtiments qui abritaient des ateliers accueillent désormais des étudiants, des chercheurs et des salariés du tertiaire. Une partie de ce mouvement s’observe dans les zones d’activité qui ont poussé autour de la ville, où d’anciennes friches industrielles ont retrouvé une fonction économique plutôt que de rester en l’état.
Pour qui prolonge le séjour, les adresses de restauration autour du canal couvert et de la place de la Réunion permettent de terminer la journée sans reprendre la voiture ; on trouvera plusieurs pistes dans notre rubrique sorties et restaurants.
Une journée type, résumée
| Moment de la journée | Lieu | Ce qu’on y voit |
|---|---|---|
| Matin | Cité de l’Automobile | Collection Schlumpf, histoire du textile mulhousien |
| Début d’après-midi | La Fonderie | Ancienne usine devenue campus et lieu culturel |
| Après-midi | Cité du Train | Locomotives et matériel roulant historique |
| Fin de journée | Marché du canal couvert | Commerces de bouche, vie quotidienne de la ville |
Ce parcours se fait entièrement en tram et à pied, sans qu’il soit nécessaire de reprendre la voiture entre deux sites. Le réseau de tram, l’un des premiers reconstruits en France à la fin des années 1990, dessert directement les principaux sites depuis le centre-ville et depuis la gare, ce qui simplifie beaucoup l’organisation d’une seule journée.
C’est aussi la meilleure façon de sentir que Mulhouse ne s’est pas contentée de survivre à la fermeture de ses usines : elle a transformé une bonne partie de leur empreinte bâtie en lieux que l’on visite aujourd’hui pour d’autres raisons que la nostalgie industrielle. Une deuxième visite, plus tard dans l’année, permet généralement de découvrir un des quatre sites qu’on aura dû laisser de côté la première fois.







